Ce n`est pas pour relancer le fameux débat sur la tonne de remises au jeu de dames, mais c`est juste pour dire que ce match est l`exemple patent qui atteste de l`importance irréductible de la dimension psychologique, dimension qui donne une signification, ou en tout cas, le joueur trouve s`exprimer à travers elle, en faisant parler ces choses inanimées que l`on appelle pions.
Dans ce match, qui connaît une victoire très rapide de Ton Sijbrands, à la deuxième.Un 32-28 20-25 qu`il se sera gardé d`analyser, en l`occurrence. S`il nous lit, j`espère qu`il nous détrompera. Ce gain lui assurait un ascendant psychologique. C`était en même temps un piège. Il se donnait donc presque le droit d`écraser Tsjijow.
Et du côté de Tsjijow ? Eh bien ces compatriotes lui en voudront à mort d`avoir joué ce 42-38 ou je ne sais plus quoi qui a permis à Ton de prendre l`avantage et ensuite de gagner la partie. De son côté aussi, après cette défaite, Tsjijow évitait, dit-on, de prendre une raclée. C`est faux de dire qu`il était largement moins fort que Ton. Il le craignait.Sans doute. Il l`adulait. Certainement. Mais de là à dire qu`il était encore un jeune champion, c`est simplement oublier Kislowok 87 ou encore les précédents championnats de la défunte Urss, qui étaient comme le baromètre des damistes. Psychologiquement donc, la crainte gouvernera sa démarche, état psychologique donc. Il fuit les variantes connues, refuse la Keller, répond même par 19-24 sur 33-29 comme faisaient les bons vieux Africains devant les Européens, ou encore 19-23...qu`il joue au moins trois fois; bref le bonhomme a su raison garder.
A deuxième manche, les choses changent un peu, après les conseils et recommandations. Chez les Hollandais, c`est toujours la même logique, écraser le gosse et récupérer la Coupe. Vient alors cette fameuse 11ème partie, qu`il faut recommander aux jeunes, ceux de Wattrelos par exemple, qui veulent apprendre comment développer les pièces et non pas les pousser, comme du bois. Bien. Vint aussi cette sublime 14ème partie, Dieu du Ciel !!! Une attaque comme Sijbrands adore en faire. Hoogland a dû être hébété, en les voyant du Paradis. Psychologiquement encore, on va tout le sang-froid de Tsjijow, devant la massivité de l`attaque de Ton. Personnellement, je n`aurais pas tenu: l`effet miroir. Mais le gars a sorti la nulle ou une nulle, qu`il est allé chercher loin dans les synapses de son cerveau... Du coup, instinct de conservation oblige, ses capacités se démultiplient. Les hollandais, dit-on, avaient juré qu`il ne s`en sortirait pas. No way...he is going to loose. C`était sans compter avec ce trait de caractère que l`on voit chez les Ex-soviétiques: ils savent être impassibles. Nicolas tremblote, Soul, lui s`arrache les cheveux, après avoir indiqué à l`adversaire qu`il a, lui-même Soul, commis une gaffe... Ce n`est pas donné de garder son sang-froid, en de pareilles circonstances.
Tjsijow donc s`en sort. Je signale, toujours sous l`angle du changement de perspective au niveau psychologique, que dans la deuxième manche, par deux fois, Tjisjoz a forcé Ton à chercher la remise, dans des classiques qui débouchaient sur la Ghestem... Ce sera un signe d`ailleurs. Puisqu`il n`échappera pas à celle de la 18éme partie. Donc suit 15ème, sur laquelle jasent quelques Hollandais comme Oudshorn, je pense qu`il n`y a pas grand-chose à becter dans cette partie. La dixième, oui, semble intéressante.
Sijbrands toujours pousse, mais de manière un peu plus raisonnée; dans une sorte d`optimisme lucide, en se disant que finalement le jeune a du répondant, donc il peut me surprendre. Certains disent que c`est la stratégie adoptée par l`équipe technique de Tsjijow, en lui disant le " vieux" finira par en avoir marre et il attaquera n`importe comment : toujours dans la bataille psychologique.
Arrive alors cette fameuse 18 ème partie: avec ce gambit sorti d`un fragment anté- diluvien. On disait en Afrique que quand Tsjijow l`a fait, le vieux Ton Sijbrands est resté longtemps à se caresser la barbe, tellement il a été très fortement surpris. C`était cuit, plié...ou mouillé comme ils disent.
Suivra cette sorte de va-tout de la part de Ton, cette Bonnard à la vingtième et dernière partie. Analytiquement, il a raté le gain. Les Hollandais avaient ouvert le champagne et commencé à bien tirer sur leurs cigares. Mais c`était encore perdre de vue que dans ce jeu finalement, à forces presque égales, le tout se joue dans l`approche que l`on décide d`avoir, dans la manière de se donner un punch psychologique. Car c`est la seule manière de comprendre la disparité des parties, disparité sous laquelle on trouve une logique en les divisant en deux manches. On ne se désole presque pas de voir 18 nulles, tellement quelques une d`elles sont étincelantes. Presque insignes.

Trait aux blancs